La grammaire des couleurs

Il existe un mot en japonais — iro (色) — qui signifie couleur, et pourtant il signifie aussi, dans son registre plus profond, sentiment, désir, le monde visible. La couleur, dans la tradition japonaise, n'est pas une propriété des objets. C'est une qualité de perception. C'est ce qui se passe entre la chose et l'œil qui la voit.

Le système de couleurs classique japonais, codifié pendant la période Heian (794-1185 de notre ère), distinguait plus de deux cents couleurs nommées. Pas deux cents noms génériques — deux cents désignations précises, chacune avec une signification culturelle spécifique, une association saisonnière, un contexte social. La couleur de la première fleur de prunier dans la neige. La couleur du ciel dans la première heure après la pluie. La couleur de la soie d'automne lorsque la lumière baisse en fin d'après-midi.

C'est la couleur comme grammaire. Un système dans lequel la teinte véhicule non seulement des informations visuelles mais aussi un sens contextuel — quelle saison il fait, quel rang est impliqué, quel registre émotionnel est approprié. L'ancienne cour japonaise comprenait la couleur comme un musicien comprend la tonalité : comme un langage avec ses propres règles, capable de dire des choses qui ne peuvent être dites d'aucune autre manière.

La soie vintage avec laquelle nous travaillons a été teinte dans cette tradition — ou à la fin de celle-ci. Un chemin de table en soie en kachi-iro (le bleu-noir profond de la victoire) porte cette signification avec lui, que la personne qui le place sur sa table connaisse ou non le nom. La couleur fait son travail sans explication.

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